La librairie est morte, vive la... ?

La quoi ?
Le monde de la librairie vit une mutation sans précédent, le commerce électronique et la dématérialisation du livre .
Comment les libraires doivent-ils s'adapter à cette nouvelle donne ?
Si la librairie d'aujourd'hui est morte, alors quelle sera-t-elle demain ?

mercredi 29 janvier 2014

En 2014, mon libraire est un hipster !

Oui, j'ai tardé à publier le billet de ce début d'année 2014.

J'ai tardé car je cherchais l'accroche qui donnerait la tendance de ce blog pour l'année 2014.
En réfléchissant à l'année 2013, en écoutant, en échangeant avec les libraires, en lisant les articles (nombreux) qui sont parus, en participant à des rencontres... etc, je me suis arrêté sur un mot que j'ai souvent entendu dans la bouche des libraires, brandissant ce terme avec l'énergie et la fierté de défendre ces valeurs de tradition qui rendent (a priori) incontestables.

ARTISAN

Oui, ARTISANS, les libraires semblent se définir comme des artisans.
Curieusement d'ailleurs, un libraire se considère plus un artisan qu'un commerçant...
Or, tout le monde le sait, un artisan est souvent (aussi) un commerçant.
Mais passons ce point de détail.

Animant moi-même des conférences, des séminaires, formant les futurs libraires, j'aborde souvent ce thème en disant : "vous savez, on peut être un artisan connecté, avoir un site web marchand, et utiliser tous les moyens technologiques mis à sa disposition pour faire perdurer son métier".
Cela ramène au faible équipement des libraires en sites web, de mémoire, 44% des libraires disposent d'un site web, et 10% sont marchands...

J'ai eu l'occasion de demander à plusieurs libraires (et pas des moindres), à des éditeurs aussi, s'ils avaient lu l'étude de l'Obsoco "Les clients des librairies indépendantes" commandée par le Syndicat de la Librairie Française et présentée à Bordeaux, aux Rencontres Nationales de la Librairie 2013.
Je reviendrais dans un autre billet sur cette étude que je commenterai.

A lire :



Les clients de la librairie indépendante : Rapport définitif de l'Obsoco_2013 from Vincent DEMULIERE

Les réponses ne sont pas très positives... 
Lors d'une rencontre à l'ENSSIB à Lyon ce mois-ci, j'ai été stupéfait de la méconnaissance des libraires (présents) sur les avancées technologiques en matière de commerce.
Surpris d'entendre un libraire découvrir que depuis la création de son site web marchand, les clients, ses clients commandaient de plus en plus sans pour autant bouder la venue en magasin...
Etonné encore d'entendre que le libraire proposait désormais du livre numérique car les clients, ses clients (parfois âgés) lui demandaient, notamment pour des raisons de confort de lecture, et si des conseils de lecture étaient possibles...
Etre à l'écoute des besoins des clients, répondre à leurs demandes, tel est le rôle de l'artisan, du commerçant, du libraire.
Alors bravo à ce libraire d'avoir ouvert son site de e-commerce !
Mais pourquoi les libraires sont-ils étonnés ?
Là est la question.
Depuis des années sur ce blog, mais aussi tous les jours à la télévision, dans la presse, nous constatons tous les mutations, certes accélérées, que nous impose le web.
Libraires, il est grand temps de s'unir et de répondre rapidement aux exigences de vos clients et des autres aussi.
Car seul un petit paragraphe parle des autres clients, ceux qui ne sont pas clients de la librairie indépendante, et qui est, comme je le dis depuis des années, une masse dans laquelle puiser sans modération.

Je reviens à l'ARTISAN.
la connexion s'est faite en lisant un article de GQ de juillet 2013 intitulé "Les néo-artisans : mon boulanger est un hipster" de Claire Hazan et Hugues Lawson-Body.
Hipster, pour résumer rapidement, veut dire anticonformiste.

Résumé : "Ils sont bouchers, boulangers ou brasseurs, et font souffler un vent de jeunesse sur les métiers manuels. Les branchés, aujourd'hui, ce sont eux. [...]" (Le libraire n'est pas cité dans l'article).

Hendrik Dierendonck, Gontran Cherrier, Sébastien Gaudard, Nicolas Julhès, Yves-Marie Le Bourdonnec, Hugo Desnoyer, Florent Deneubourg, Christophe Vasseur, Thimotée Sautereau, Thierry Roche, David Flynn, voilà donc une brochette de néo-artisans qui sont en train de réinventer, à la vitesse de la passion, tous les métiers traditionnels d'artisans/commerçants.
De véritables entrepreneurs, complétement décomplexés, et qui n'hésitent pas à éconduire les instances semblant défendre les intérêts de leurs métiers...

Extraits :

"Les artisans [libraires ?] sont devenus nos nouveaux héros, et leur savoir-faire traditionnel, l'ultime critère du cool".

C'est un fait, le nouvel artisan [libraires ?] est plus proche de la trentaine que de la retraite, bien dans ses baskets (qu'il porte sans hésiter en boutique) et se fout des codes figés de la profession... Sans pour autant sacrifier la qualité du produit".

"Les autres bouchers [libraires ?] me détestent" s'amuse Yves-Marie Le Bourdonnec, qui tente de changer l'image de son métier à coup de copinage avec les néo-butchers [bookshopers ?] de Brooklyn (l'épicentre du phénomène) et de battles de découpe [lecture ?] sur fond d'AC/DC... C'est sûr, son "I love bidoche [reading ?] attitude" fait tâche dans un milieu réputé très conservateur. "Je viens d'être exclu de la Confédération Française de la Boucherie [--- ?]. Et vous savez quoi ? J'en suis fier !"
Frondeur, décomplexé, trempé dans les codes de la pop culture et à l'aise avec le marketing, le néo-artisan [néo-libraire ?] arrive à point."

"Il y a une vraie demande, il faut juste arriver avec un projet réfléchi, beaucoup d'envie et d'humilité, et avant tout un produit de qualité"

C'est donc sur ces mots que je souhaite à tous une belle et heureuse année 2014, qu'elle soit l'année des néo-artisans/libraires.

Que le livre et la lecture vous tiennent en joie en 2014 !

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