La librairie est morte, vive la... ?

La quoi ?
Le monde de la librairie vit une mutation sans précédent, le commerce électronique et la dématérialisation du livre .
Comment les libraires doivent-ils s'adapter à cette nouvelle donne ?
Si la librairie d'aujourd'hui est morte, alors quelle sera-t-elle demain ?
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vendredi 26 juillet 2019

Redoutable et tellement prévisible...

"Redoutable et tellement prévisible", voilà les mots qui me sont venus à la lecture de cet article d'Actualitté :
"Retours gratuits, livraison en 1 jour : Amazon crée un outil pour libraires"

A sa lecture, je ne peux m'empêcher de sortir de mon silence, tant nous sommes arrivés aujourd'hui à la veille "d'un rouleau compresseur, doublé d'un tsunami qui s'approche et qui va aller très vite et très fort et sans pitié" comme l'avait dit le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, lors des Rencontres nationales de la librairie en... 2011 (13'20 > 14'50) !

Je me souviens avoir été impressionné par son discours, la tempérance, son intelligence, voire sa tendresse. J'ai été aussi choqué par le choix de ses quelques mots. Au-delà du ministre, qu'un intellectuel comme Frédéric Mitterrand, homme aussi lettré, choisisse "rouleau compresseur" et "tsunami" sonne comme un avenir apocalyptique... quelques mois après le tsunami au Japon (février) et les images de désolation, voire de catastrophe nucléaire.
Nous y sommes.

A partir du moment où l'on comprend qu'Amz est un, pardon, LE logisticien à l'échelle mondiale, on imagine rapidement en quoi sa puissance est réelle pour son propre compte mais aussi pour les autres.
Face à une chaine du livre qui n'a jamais su se réinventer, il est aisé pour Amz de déployer ses outils et ses services comme il le propose ici pour le livre en Italie : Amazon Business per le Librerie, et bientôt Amazon Business pour la librairie en France ?

Comme Amz commence systématiquement par le livre (e-commerce, retail...), il devient grossiste du livre (bientôt du reste ?) et propose avec des remises tout à fait correctes pour le secteur, de livrer le libraire en 24h... Ce qui est, au minimum, 4 fois plus rapide qu'aujourd'hui...
Et avec des retours gratuits en plus de cela... Imbattable !

Imaginez ces innombrables librairies en France, soumis à des remises frisant parfois les faibles 30%... et payant les (allers) et retours (chers) aux distributeurs. Le choix semble être vite fait.
Imaginez comment, avec un tel délai de livraison, la librairie peut améliorer la rotation de ses stocks, pierre angulaire de la rentabilité de ce type de commerce...

Amazon représente déjà environ 20% (et je pense que c'est une fourchette basse) du marché des éditeurs français.
Cette proposition d'Amz va mettre en péril directement l'outil de distribution de ces mêmes éditeurs.
La distribution comme on l'a connue, a-t-elle encore un avenir ?
L'impression à la demande ne va-t-elle pas sonner le glas de la distribution du livre, distribution comme zone de stockage des livres imprimés par les imprimeurs, en attente de départ vers les librairies... ?
Amz ne s'est jamais caché de vouloir dés-intermédier : du producteur au consommateur, de l'auteur au lecteur, de l'éditeur au libraire... etc.

Je ne peux que citer de nouveau un billet écrit en... 2014, à la suite du Rapport Lemoine :
  • "CONSTAT"
    Le constat ne nous apprend rien de particulier.
    Mais citons :
    • "commerce du futur mixant technologie et humain"
    • "Amazon est en passe de devenir le 1er libraire et détient près de 70 % des ventes de livres en ligne"
    • "Le handicap majeur dont ils (les libraires indépendants) souffrent est d’ordre logistique : il faut pouvoir livrer un client en moins de 24 heures et leurs systèmes d’approvisionnement et de distribution ne le permettent pas."
    • "le passage à une librairie connectée"

    Sur ce dernier point, je n'ai rien à enlever : 
    • "Une batterie d’innovations technologiques peut donc être expérimentée : modernisation logistique dans une perspective d’internet physique, mutualisation des stocks et organisation de librairies en réseau, prescription de livres à partir d’un algorithme de recommandation utilisé par les libraires, impression d’un livre manquant directement dans les librairies, livres numériques, etc."

    "PROPOSITION"
    • "Construire la « librairie du futur », premier cas d’application de la réinvention du commerce" (c'est l'objet de ce blog depuis 3 ou 4 ans !!!)
    • "permettre un réapprovisionnement en 24 heures, la mutualisation des stocks et la mise en réseau des libraires, une évolution des libraires vers un métier de prescripteurs de support et de livre numériques, et l’expérimentation de solutions print-lab d’impression des livres in situ." (et non chez l'éditeur)
Nous avions pourtant essayé d'y répondre en 2015, ici.

Conclusion : 
Rouleau compresseur et tsunami sont en vue.
Amz est en passe de réaliser le rapport Lemoine.
Et qui va en sortir gagnant... ?

Le livre et la lecture vous tiennent en Joie...

mercredi 21 mars 2018

La créolibrairie ou comment vendre le virtuel ?


Dans un précédent billet, j'écrivais :

"La véritable "expérience client" n'est-elle pas, en fait, celle d'améliorer notre "qualité de présence" au lecteur/client, bref sa relation, quitte à la renforcer par une nouvelle culture qu'est le numérique ?
Si le numérique est une culture, alors elle devrait facilement se marier (créoliser) avec le li(v)re."

C'est pour cela que je reprends le terme de créolisation, cher à Edouard Glissant, bien plus puissant que le métissage.

"La créolisation exige que les éléments hétérogènes mis en relation « s’intervalorisent », c’est-à-dire qu’il n’y ait pas de dégradation ou de diminution de l’être (du li(v)re, de la librairie), soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, dans ce contact et dans ce mélange."

C'est pourquoi, aujourd'hui, nous assistons bien plus aujourd'hui au métissage des univers du numérique et du tangible, qu'à la créolisation, souhaitable.
Car le numérique étant une culture (non encore intégrée pour certains), elle dépasse largement le seul outil.
Or cet outil, en tant que progrès technique, change nos vies.

Anecdote que je raconte souvent à mes amis :
Alors étudiant à l'Université de Lille, je me souviens d'un professeur qui posât cette question, bien provocante pour de jeunes oreilles : "est-ce l'homme qui fait la machine ou la machine qui fait l'homme ?"
Inutile de vous dire, qu'à l'époque, nous avions bondi, fiers de notre humanité, en répondant que l'homme invente la machine, il s'outille, il est créateur, innovateur, la machine ainsi répond à ses besoins et ses désirs... Au doigt et à l'oeil !
Belle naïveté (que je garde précieusement en moi).
MAIS.

Oui, MAIS, c'était sans comprendre en quoi la charrue, outil tiré par le cheval, devenait le prolongement de l'homme. Et de constater, en quoi, cette invention agricole (de l'Homme), transformait non seulement le territoire (la terre, la paysage) mais aussi et surtout les mains du paysan, ses épaules, son dos, bref son être tout entier.

Que dire aujourd'hui de ces outils que nous utilisons (insidieusement ?) au quotidien : ordinateurs "personnels", tablettes, et plus encore smartphone, et demain IoT, Internet Of Things, internet des objets ?
Que dire encore de ce nouveau territoire (paysage) qu'est le web ? Territoire virtuel en changement rapide et perpétuel... sous nos claviers.
Nouveau territoire, en plus de la terre ferme, du tangible, du magasin, qui nous amène à une triangulation.

Autre exemple, ma passion de l'exploration des montagnes m'a appris l'orientation, la cartographie (sans GPS;).
L'outil : une boussole
Territoire tangible : la montagne
Territoire mi-tangible mi-virtuel : la carte
Objectif : opérer une triangulation et tracer l'azimut.
But : savoir où l'on est et où l'on va.

"Facile" avec un territoire stable et une carte représentant cette stabilité : un plan, une carte, une (Google) Map.

Mais que faire quand ce territoire est mouvant et que par définition, aucune carte stable ne peut la représenter, sachant que les outils changent aussi tout le temps ?


 
Je ne reviendrais pas sur la devise du capitaine Némo que j'ai fait mienne : "Mobilis in mobile", mais remarquez que ce personnage de Jules Verne... navigue (comme nous sur le web).

Prenons maintenant le li(v)re.
Quoiqu'on dise, quoiqu'on fasse, et même si avec des couches d'idées historiques, philosophiques, géographiques... etc., se chevauchant plus ou moins, aucune n'est annulée par celle qui vient, la lecture vit ce même changement culturel qu'est le numérique.

Ecoutez ici, la très suivie chronique de Brice Couturier, intitulé : "Comment le numérique a hybridé la consommation culturelle." Où l'on parle d'hybridation. CQFD

Donc, face à ces nouveaux outils changeants (smartphones...), ces nouveaux territoires changeants (formats...) naissent de nouvelles formes d'écriture et de lecture.
Peut-on ainsi penser que leur commercialisation ne changera pas ?
Le librairculteur peut-il outre-passer le changement que ces outils sont en train de produire sur ses clients/lecteurs, sur lui ?

Peut-être que les commerces traditionnels (intermédiaires) devront disparaitre tels les dinosaures en leur temps, laissant la place à de nouvelles formes de commerce triangulaire (autres intermédiaires), capables d'orienter le client/lecteur ? Les créolibrairies ?

Et c'est cette mutation qui m'intéresse.
Aujourd'hui, certains pure-players du livre envahissent des territoires vierges pour eux, ici.
D'autres acteurs redéfinissent le territoire tangible, réintermédient, nous ramenant à la supérette de mon grand-père, ici. (Entre parenthèses (deux fois), le marché existe toujours)
Ou encore un éditeur purement numérique, rejetant à une époque le papier, autant que les éditeurs papier le numérique, et qui aujourd'hui propose des versions papier de ses ebooks (certes, en impression à la demande, mais tout de même), ici, mais aussi qui reste convaincu que l'ebook ne se vendra jamais en librairie physique.

Il est vrai que je n'ai pas trouvé à ce jour une organisation, une personne (quoique) capable d'aborder cette complexité, et de la réaliser (quoique).
Comment opérer cette triangulation permettant de se repérer et d'accompagner des lecteurs sur ces nouveaux chemins changeants de la lecture ?

Cela commence par soi, comme le disait Gandhi.
Il faut se créoliser soi-même, permettant de laisser naitre cet imprévisible qui rend ce métier l'un des plus beaux du monde.
Cela demande une bonne tranche d'ouverture, de curiosité, et telle Alexandra David-Neel, que j'ai relu récemment, du courage, de la constance, de l'endurance, et ce goût irrémédiable pour l'aventure, l'exploration.

"L'action, avec toutes ces incertitudes, est un rappel permanent que les hommes ne sont pas nés afin de mourir, mais afin de commencer quelque chose de neuf"
Hannah Arendt

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

mardi 2 mai 2017

Just like a bookstore...


 cabinet Studio Padron

J'ai découvert cet article certainement par un partage sur les médias sociaux et je me permets d'en reprendre quelques passages pour commentaires.

Article : "Amazon takes a page from bricks-and-mortar bookstores. Here's what it's like inside" par Christopher Borrelli, Contact Reporter Chicago Tribune.

"I said that I shop on Amazon (too regularly) when I know what I want, and I shop at physical bookstores when I feel open to discovery, when I am curious about what I didn't know that I wanted. Later, I had a similar conversation with another employee who sounded uncertain of this idea that people visit bookstores to stumble across unexpected treasures."
Intéressante cette remarque de Mr Borrelli. Notamment son comportement d'achat...

Quand, je sais ce que je veux, nous dit-il, j'achète sur Amazon. En revanche, si je désire fureter, me laisser surprendre, j'achète chez le libraire.
Doit-on donc comprendre qu'il est dans l'incapacité d'acheter en librairie le livre qu'il cherche ?
D'un autre côté, doit-on également comprendre que l'on ne peut pas découvrir de lecture sur Amazon ?
Doit-on être étonné qu'un employé soit surpris que l'on ait besoin d'aller en librairie pour faire des découvertes de livres ou d'auteurs ? Le journaliste le semble.
J'avoue être toujours moi-même circonspect quant à ce besoin manichéen de mettre face à face deux adversaires, deux modèles, deux philosophies, deux stratégies... etc.
Comme si c'était si simple.
Pour ma part, j'ajouterais d'autres chemins de balade : les sites internet, les blogs, les vidéos, émissions, les journaux et autres magazines (papier)... Bref, mes découvertes prennent tous les chemins que m'offrent les outils (?) (interfaces ?) d'aujourd'hui... Et il y a bien plus que ces deux chemins cités par le journaliste. Et c'est souvent, ayant lu un magazine (papier), et donc sachant ce que je veux, qu'en achetant, je me laisse tenter par un autre livre, par une couverture, un avis...

Cette exemple me rappelle une anecdote vécue en librairie, il n'y a pas si longtemps...
A l'époque, je ne comprenais pas pourquoi les libraires n'étaient pas plus enclin à réceptionner et présenter les nouveautés.
Après un temps d'observation, de questionnement personnel, je n'ai pu me résoudre qu'à poser la question.
La réponse qui me fut faite est la suivante : ici, nous sommes dans une librairie de fonds, les nouveautés (comprendre les bests de l'actualité ?), les clients n'ont qu'à aller les chercher à la Fnac ou en grande surface !!.
On se retrouve donc également dans cette dichotomie de l'un ou l'autre.
Je me suis alors risqué à dire : "Mais si nous avions les nouveautés en même temps, le client qui vient acheter sa nouveauté (le livre qu'il veut), pourrait en profiter pour acheter un livre de fonds (une découverte) ? Et si le client qui vient chercher un livre de fonds (qu'il veut), peut-être sera-t-il tenté par acheter une nouveauté (une découverte) ?
J'ai mis un certain temps à convaincre les libraires, mais j'y suis arrivé.
Je pense qu'aujourd'hui, ce genre de cas de figure n'existe plus. Enfin, j'espère.
La montée en puissance de la concurrence en ligne ou hors-ligne, l'augmentation des coûts de structure ont su aiguiser la discipline commerciale des libraires, tout au moins en magasin.

Cette dichotomie, ce manichéisme même, nous les retrouvons ici entre le hors-ligne (le libraire) et le en-ligne (Amazon). D'un côté l'expérience (le magasin, le libraire) - que n'entendons-nous pas aujourd'hui dans les milieux autorisés du marketing sur l'expérience client - et la commodité (l'e-commerce, Amazon).
Certes, on peut critiquer les premiers pas d'Amazon dans le retail mais je prends rendez-vous avec le journaliste dans quelques temps pour voir comment auront évolué les Amazon books et par par-là même les libraires.

Ce qui nous amène à ce deuxième passage :

cabinet Studio Padron
Amazon Books is not what you would call a book lover's paradise.
J'ose la question : qu'est ce que le paradis des amoureux du livre ?

Est-ce le magasin où l'on trouve ce que l'on cherche ?
Ou le magasin où l'on trouve ce que l'on ne cherche pas ?
Est-ce un magasin avec un fonds le plus large possible ?
Ou est-ce un magasin avec une sélection fine et pointue ?
J'aurais pu remplacer magasin par site web.

Nous y voilà :

Perhaps because, unlike traditional bookstores, the stock has less to do with taste and its employees' reading experiences and more to do with algorithms and analytics.
Deuxième manichéisme : d'un côté l'humain (le libraire). Et de l'autre ?
Et bien justement on ne sait pas : a curation team !
Bref, en interprétant (un peu) le journaliste : des robots, de l'IA (Intelligence artificielle), bref, tout sauf un humain ! Même avec le nom Alexa...
Une question me taraude : comment un humain pourrait-il utiliser l'intelligence artificielle, la technologie pour sublimer son métier ?
Mais c'est bien sûr, awesome !


Efficiency is valued more than, say, the comfort of a good book.
 Là, j'avoue ne pas avoir compris cette phrase... Quel lien l'auteur fait-il entre l'efficacité et le confort d'un (bon) livre ?
Si certains d'entre vous peuvent m'éclairer...


I counted about five books per shelf.
Ici, nous semblons revenir dans le domaine du fonds, de la quantité.
Amazon ne fait que prolonger son site web dans le magasin. Pas de tranche sur le site internet ? Pourquoi y-en-aurait-il dans le commerce en bas de chez soi ?
Pendant de longues années, les libraires ont construit leur fierté (leur métier) sur le fonds et son exhaustivité. Plus un libraire avait du fonds, et plus il se considérait comme un grand libraire. D'où la dichotomie entre librairie (1er niveau), GSS, GSA... etc.
Puis Amazon arriva avec plusieurs centaines de milliers de livres disponibles en à peine quelques jours. L'exhaustivité passait chez l'ennemi N°1.
Comment donc réaffirmer son identité ?
Par la sélection, la curation ?
Par le conseil, sachant que chez les clients, le libraire en terme de conseil arrive en 3e position après les médias et le bouche-à-oreille (curation des lecteurs) ?


Just like a bookstore.
 C'est tout comme, vraiment ?


It doesn't even seem that interested in books or culture. It's a branding experience, a Hollywood-ish front of a bookstore, designed to serve much larger aims. You get a sense of being watched as you shop, of being monitored, then being flattered when your choices are reflected on the next "most-wished-for" trend list.
Jolie expression que "a Hollywood-ish front of a bookstore".
Nous ne saurons pas vraiment quels sont les objectifs visés par Amazon, hormis celle de nous surveiller, traduction, d'ajouter à son arsenal d'espionnage comportemental sur le web, cette fois-ci celle de vous filmer dans le magasin et de pouvoir ainsi ajouter des moyens à "l'équipe de curation" d'améliorer sa robotique.
Est-ce le cas ?
Voir cette vidéo de visite du magasin de Seattle : 0'55 (au-dessus de la tête du monsieur en chemise à carreaux)

Mise à jour (juin 2018)
"Souriez, vous êtes épiés…"
1984
 Sur 1984 et Big brother, j'ai relu ce livre il y a quelques mois.
J'avoue avoir été "déçu" (c'est une boutade).
J'avais en mémoire ma lecture d'adolescent avec tapie au plus profond de moi cette sensation effroyable de surveillance, ce stress d'être découvert, cette absence de liberté, cet étouffement...
J'ai retrouvé cette belle écriture d'Orwell mais j'ai presque trouvé insipide le thème abordé : le totalitarisme.
Car, mon pauvre George, il y a bien longtemps que les limites que tu nous aidais à définir, à nous méfier, ont été largement franchies dans le domaine du numérique, et pire que tout, avec notre assentiment, voire notre complicité.

"Le télécran recevait et transmettait simultanément. Il captait tous les sons émis par Winston au-dessus d'un chuchotement très bas. De plus, tant que Winston demeurait dans le champ de vision de la plaque de métal, il pouvait être vu aussi bien qu'entendu. Naturellement, il n'y avait pas moyen de savoir si, à un moment donné, on était surveillés. Combien de fois, et suivant quel plan, la Police de la Pensée se branchait-elle sur une ligne individuelle quelconque, personne ne pouvait le savoir. On pouvait même imaginer qu'elle surveillait tout le monde, constamment. Mais de toute façon, elle pouvait mettre une prise sur votre ligne chaque fois qu'elle le désirait. On devait vivre, on vivait, car l'habitude devient instinct, en admettant que tout son émis était entendu et que, sauf dans l'obscurité, tout mouvement était perçu"
1984, George Orwell, Gallimard.

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

mardi 21 février 2017

Mooc francophone des métiers du li(v)re (vidéos)



Voici une très belle initiative !

Deux étudiantes de Master 2 Conduite de Projets Culturels Livre & Multimédia à l'Université Clermont Auvergne de Clermont-Ferrand (toute nouvelle UCA) étudient la faisabilité d'un MOOC francophone portant sur les métiers du livre.
Elles ont concocté une enquête qui permettra de mieux cerner les attentes des potentiels utilisateurs, afin de proposer le premier Mooc francophone des métiers du livre !

Si c'est le premier Mooc sur les métiers du livre , ce n'est pas le premier dans les domaines du livre et de la francophonie.
  • Ici, vous pouvez découvrir une belle initiative de l'Institut international pour la Francophonie basé à l'Université Lyon3 (on reste dans la région) intitulé : La Francophonie : essence culturelle, nécessité politique 2016

  • Ici, un autre Mooc, sur le littérature jeunesse initié par l'Université de Liège (ULG) en Belgique et intitulé : Il était une fois la littérature de jeunesse


Mais au fait qu’est ce qu’un MOOC ? (Massive Open Online Course, FLOT ou CLOM)
C’est une formation ouverte à tous et en ligne. Les participants, quelque soit leur nombre ou la distance entre eux, peuvent suivre un même cours. Il s’agit donc d’une communauté collaborative qui échange et partage autour d’activités pédagogiques par différents médias et démocratise ainsi le savoir.

Pour en savoir plus sur ce projet, vous pouvez rejoindre le groupe Facebook.

Actuellement, le projet en est à sa phase de réflexion, ainsi, l'objectif du groupe Facebook est que chacun puisse participer et partager autour de ce projet pour le faire évoluer.

L'enquête est anonyme, et ne vous prendra qu'entre 1 et 5 minutes : ici.

Cette initiative me semble particulièrement intéressante car la formation en ligne et à distance permettrait à bon nombre de professionnels du li(v)re d'accéder de manière souple et régulière à des formations certifiantes.
En effet, les petites structures : petites librairies, petits éditeurs... absents pour des raisons bien compréhensibles de distance, de temps, de coût... pourraient accéder à ces formations qualifiantes.
Et que dire des échanges de savoir et de savoir-faire permettant d'inspirer tout un chacun en échangeant les bonnes pratiques ?

Alors amis du li(v)re, peut-être pourriez-vous aider à diffuser ce questionnaire à travers toute la francophonie, "Vers l'infini et au-delà" ?

A vous de jouer !

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

mercredi 15 juin 2016

Bibliothèque, librairie et physique quantique

A lire dernièrement une quantité d'articles, en ligne, dans les journaux, magazines, des BD, un roman, des essais...
Et lisant, cet article sur Isaac Asimov et son petit "livre" sur la manière de faire émerger de bonnes idées, entrechoqué par quelques réflexions d'Hannah Arendt dont celle qui dit que la pensée ne vaut que si elle est mise en application, de celle qui mène à l’œuvre et à l'action...
Puis passant par quelques chapitres de Simondon et son essai Du mode d'existence des objets techniques, et faisant un écart par Teilhard de Chardin... J'en oublie certainement...
Entrechoqué, dis-je, je suis.

Alors, je me suis dit, mais quel est donc le rapport entre tous ces écrits, ces textes, ces auteurs, et puis, mais que cherches-tu donc ?
Je me suis mis alors à me demander à quoi ressemble mon cerveau en de tels instants, vite oubliés.
En y réfléchissant de plus belle, quelle représentation mentale avons-nous de notre bibliothèque intérieure, cette bibliothèque/cerveau dans laquelle ces livres, ces phrases, ces mots (nos émotions ?) s’entrechoquent, se relient, et donnent naissance à une nouveauté, une sorte d'impulsion vers autre chose, d'autres idées, d'autres livres, d'autres pensées...
Et voici l'image qui se rapproche le plus de la représentation que je me suis faite de ma bibliothèque dans mon cerveau :


Bien loin de la bibliothèque qui me fait souvent face.
Imaginez donc pouvoir visualiser sur un mur votre bibliothèque personnelle enrichie de vos annotations, de vos marques-pages, commentaires...

L'idée d'imaginer, de voir les livres de sa bibliothèque comme "délocalisation spatiale" et/ou comme "superposition de réalités contradictoires" (définitions simplifiées de la physique quantique) me donne le tournis...

Quelles sont donc les conditions qui me permettront de ricocher vers un autre livre, une autre pensée ?
Le hasard ?
Juste la réunion d'éléments en train de se mettre en place ?


Mycelium Rhizome (2008), Graphite on paper, 120 x 240 cm
Private collection, Melbourne, richard giblett

Mais où donc me mènera ce voyage ?
Et si nous trouvions le moyen de nous représenter notre bibliothèque personnelle ?
Et si nous les superposions les unes aux autres ?

Et vous, quand vous réfléchissez, discutez entre amis de vos lectures, à quoi ressemble votre bibliothèque intérieure, quelle image vous vient à l'esprit ? Comment est-elle classée, représentée ?
Comment chaque livre, titre, auteur sortent-ils de vos étagères cérébrales ?

A suivre ?

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

vendredi 22 avril 2016

Bienvenue dans votre nouvelle librairie (vidéo)


Amz a ouvert sa première librairie, enfin : Amz Books

Que d’excitation ces dernières semaines/mois autour de cette nouvelle, qui n'en est (était) pas vraiment une.

Petite revue de presse :
BFM, ici
Publisher Weekly, ici
The Verge, ici
Actualitté, ici,
GeekWire, ici, et j'en passe...

Depuis que ce blog existe, nous nous attendions à cette nouvelle.
On s'attendait même à ce que cela arrive avant.

La question : à quel rythme le déploiement sur le sol américain et dans le monde va-t-il s'opérer ?
On parle de 300 ou 400 librairies... Ici, ou de 2, ici, à moins que ce soit une dizaine... ici.
Vrai ou faux ? Ici. Entre parenthèse, regardez le graphique inclus dans l'article.

Amz libraire, éditeur et maintenant imprimeur : ici.

Bienvenu dans votre nouvelle librairie, visite :


Au jeu des devinettes : que se passera-t-il quand une librairie Amz s'implantera en centre-ville : Paris, Lyon, Bordeaux, Montpellier, Rouen, Lille, Bruxelles, Montréal... ?

Le débat a commencé ici, et est ouvert.

A chaque fois, pour le e-commerce, l'eBook, chacun savait (à moins de faire la politique de l'autruche, ou pire penser que les clients ne suivraient pas) qu'Amz finirait par arriver et bousculer les lignes et les règles, tel le barbare. Mais c'était sur de nouveaux territoires (le web) que les acteurs traditionnels ignoraient, voire rejetaient.
Cette fois-ci, Amz s'attaque au traditionnel point de vente, et bien évidemment, rien dans celui-ci ne sera réellement traditionnel (hormis les livres vendus).

Quelle stratégie les libraires vont-ils mettre en place pour anticiper cette arrivée plus ou moins programmée et prévisible ?

Billet mis à jour (mai 2016)
Lors de sa conférence annuelle, Jeff Bezos semble avoir confirmé, ici (sources ici et là), le déploiement de nouvelles librairies physiques sans en préciser le nombre, la géographie et le calendrier.
Le suspens continue...

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

mercredi 13 avril 2016

Apprentissage de la lecture et boîte aux lettres du cerveau (vidéo)

J'ai découvert Céline Alvarez par hasard, et très vite j'ai été fasciné par sa passion des enfants et de l'apprentissage.
Je vous invite à découvrir son travail sur son site, et de regarder les vidéos, parents que vous êtes ou n'êtes pas.
Très inspirant en tout cas, pour moi, dans le domaine de la formation, mais aussi du management, explorant sans cesse les territoires de l'intelligence collective, coopérative.

Vous remarquerez au passage les résultats de Céline et la fin de son contrat.
Mais tout est là, à disposition en libre accès. Un grand merci.
Un livre est en préparation et il n'est donc pas impossible que l'on voit prochainement sur les tables des libraires, la méthode Alvarez !

Puis, j'ai découvert cette vidéo concernant l'apprentissage de la lecture (et sa réussite), intervention de Stanislas Dehaene du Collège de France, spécialiste en Psychologie cognitive expérimentale, et qui a exploré le domaine de la lecture :

Apprentissage de la lecture : apport des sciences cognitives from Céline Alvarez on Vimeo.

J'ai bien aimé certaines phrases dont : "On peut écouter les mots avec les yeux" ou celle de Francisco de Quevedo : "Je converse avec les défunts et écoute les morts avec les yeux", belle métaphore du li(v)re...

Et d'entendre que l'apprentissage de la lecture revient à créer dans le cerveau des enfants un décrypteur de pages de texte.

"Apprendre à lire consiste à accéder, par la vision, aux aires du langage parlé."

"La lecture est le résultat d'un circuit qui comprend plusieurs régions cérébrales coordonnées. Et c'est cette coordination fluide qui constitue un bon lecteur."

J'ai par ailleurs adoré l'idée de "boîte aux lettres du cerveau."

Mais je vous laisse découvrir tout cela en vidéo.

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !



mardi 22 septembre 2015

Les métiers du li(v)re peuvent-ils être open-source ? Pour un commun du li(v)re ?




Suite à un premier billet dans lequel je posais la question suivante : "La librairie peut-être open-source", ici, il semblait opportun de se poser la même question sur l'ensemble des professions constituant cette fameuse "chaine" du livre.

Quand un site comme Influencia, ici, commence à parler d'open-source, c'est que décidément quelque chose est en train de se passer. On peut même se poser la question de leur retard quant au phénomène...
Définition courte : "Partager, participer, améliorer" et où l'on parle "d'Open minded".

Voir la définition ici, et ici.

Et quid du rapport Lemoine, qui a révélé toute la pertinence de ce blog, je vous renvoie au billet intitulé : "La librairie du futur", ici.
Ainsi que 14 propositions directement retenues : "Pour une économie open"

Alors comment... :
  • Comment imaginer une plateforme collaborative open-source à haute valeur ?
  • Comment créer un commun libre orienté "métiers du livre" ?
  • Comment déployer un outil technologique visant à fédérer libraires et éditeurs indépendants ?
  • Comment constituer une force collaborative face à Amz notamment ? 
Je vous invite à découvrir quelques réponses, ici.

Mangroov'


J'aime à citer l'origine du nom, la mangrove : 

"La mangrove est parmi les écosystèmes maritimes les plus productifs en biomasse de notre planète et contribue à la résilience écologique des écosystèmes après les cyclones et tsunamis. 
On les trouve aussi… à l'embouchure de certains fleuves » (wikipédia)... comme le gigantesque fleuve Amazon(e) dont la démesure n’a d’égal que son règne sans partage."

L'idée donc de cette plateforme est de s'appuyer sur des outils open-source très performants et extrêmement agiles afin de proposer aux métiers du li(v)re la possibilité de répondre aux besoins des clients et des professionnels.
Et comme le dit Florence Berthier dans son article, de créer des "communautés de créateurs, de contributeurs et de consommateurs" : bref de retrouver "confiance et crédibilité"...

Mangroov' ajoute un élément non négligeable : la notion de "bien commun du li(v)re", qui représente l'un des fondements de sa construction.
Mangroov' est lancée, c'est un magnifique laboratoire d'idées en "open minded", je dirais en bon français que l'esprit y est ouvert à 360°, et toute personne souhaitant participer, en toute indépendance, semble la bien venue, afin d'imaginer de nouvelles solutions, un éco-système collaboratif du livre garant de la résistance (résilience), et du développement de ces métiers d'avenir qu'est l'éco-système éditorial dont font aussi parties les libraires.

Voici donc peut-être arrivée, cette plateforme neutre, libre et indépendante tant attendue, capable de réunir autour d'une table (ronde) toutes les professions du li(v)re : libraires, éditeurs, imprimeurs, bibliothèques. Un "open middleware", collaboratif et fédérateur au service des clients et en total respect des valeurs universelles de la culture et du li(v)re.

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

jeudi 27 août 2015

La leçon (Vidéo) : Les barbares attaquent le livre...


 « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’on engendré ».  Einstein


"La révolution à l’œuvre [...] a bouleversé la société dans toutes ses dimensions, rendant les paradigmes d'hier inopérants pour s'imposer dans l'économie de demain"
 
"Entreprendre et gouverner après la révolution numérique". 

Nicolas Colin dans cet exercice maintenant (re)connu qu'est la conférence de The Family : Les barbares attaquent...

Voici la vidéo : Les barbares attaquent le livre


 
Et voici le compte rendu :


  

 No comment.

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

mercredi 6 mai 2015

Amz, killer ?




 Tout est un question de virgule...






 L'un des derniers articles parus sur Amz est particulièrement intéressant.

Il y a quelques années maintenant, je me disais que la librairie du futur devait être à peu prêt le lieu de ce qu'est et fait Amz en ligne.
En y ajoutant notre touche française, celle de la rencontre des cultures, celle de l'histoire transverse de notre territoire, riche des échanges, des partages et des fusions.
Celle du respect des autres et de chacun, celle de la mise en valeur de nos savoirs, qu'ils soient "littéraires" et"scientifiques".
Celle, encore, du respect des auteurs, des œuvres et de ceux qui leur font rencontrer un public : lecteurs, libraires, bibliothécaires, aujourd'hui blogueurs... Bref tous ceux qui aiment à promouvoir le li(v)re.
Ce que fait aussi, il faut le reconnaitre Amz.




Or, la librairie du futur, dont je rappelle que le rapport Lemoine a consacré la formule, devait à mon sens, aller chercher son salut dans l'hybridation de tout ce qui change notre société et les clients (nous) qui la composons aujourd'hui :


 la relation client, le li(v)re, le design des points de vente, la consommation et l'économie collaboratives, la technologie (contenus, formats, supports...etc.), l'expérience client, la convivialité, le management, l'impression (POD...)... et bien d'autres choses encore.

Mais dans ce dernier article, je comprends en quoi Amz poursuit un chemin foncièrement génétique, celui de l'efficacité, pour ne pas dire de l'efficience et tous les termes voisins que sont productivité, rendement...etc.
Vous me direz que c'est bien la fin de toute entreprise ? Certes.
Ce qui me gêne n'est pas le fond (encore que), mais la forme.

Ce qu'Amz est en train de faire, c'est la suppression de l'humain dans toutes les transactions. C'est déjà le cas (Cf. la robotisation de ses centres de logistique, voire le traitement de ses salariés, humains robotisés, à quand les robots humanoïdes ?...), mais en s'attaquant au retail, et en y intégrant tous les derniers joujoux technologiques : cameras, capteurs sensoriels, RFID, paiement sans contact... etc., nous entrons dans un monde de la déshumanisation, dans lequel, le seul humain est le client qui se fait calculer sous tous les angles, et repart tranquillement en ayant pris ses articles et payé juste en passant devant une usine à robots observateurs, reconnaisseurs, calculateurs, "transactionneurs"...

Quel progrès !

Je pense qu'aujourd'hui que le chemin est bien celui d'humaniser la platerforme web et non de déshumaniser le point de vente.
C'est en ce sens, que doit s'organiser la résistance, dont la France pourrait être le porte étendard. Non, en se cachant derrière de vils raisons de refus de la technologie mais bien en s'en servant pour ce qu'elle est : un outil, à notre service.

J'aime la France, non quand elle est recroquevillée dans son village gaulois, en attendant que le ciel lui tombe sur la tête, mais de celle qui absorbe les nouveautés pour les digérer, les transformer, les recréer et les partager pour un monde plus juste et respectueux des droits de l'humanité.

C'est bien un contre-pied qu'il faut prendre et je me réjouis de la stratégie d'Amz qui laisse un champ d'exploration et de créativité inespéré à notre métier.

Nous en reparlerons très prochainement, il est peut-être temps de montrer ce que pourrait être la librairie du XXIe siècle, la librairie du futur.

Le temps de la résistance active est venue.

"Quelles que soient nos infirmités personnelles, la noblesse de notre métier s'enracinera toujours dans deux engagements difficiles à maintenir : le refus de mentir sur ce que l'on sait et la résistance à l'oppression."
Albert Camus

vendredi 24 avril 2015

Le marché du livre : offre ou demande ?

Au salon du livre de Paris, qui ressemble de plus en plus à un salon pour les éditeurs que pour le livre, j'ai assisté au débat :

"L'impression à la demande en librairies : Chimère ou réalité ?"


Etaient présents sur l'estrade :  Christian Vié (directeur d’Orséry), Noémie Derhan (chargée de relations France de BoD), Hubert Pédurand (directeur du bureau d’études de l’UNIIC, Union Nationale des Industries de l'Impression et de la Communication, et responasable du projet Ireneo via l'EBM), Renny Aupetit (directeur associé de lalibrairie.com), Pascal Lenoir (directeur de la production des éditions Gallimard et directeur de la CCFI, Compagnie des chefs de fabrication de l'imprimerie et des industries graphiques) et animé par Baptiste Liger de L’Express.

Intéressant ce titre, non ?
Chimère...
Une chimère est une créature mythologique malfaisante...
Le ton était donné.

J'ai ainsi eu l'impression d'assister à un dialogue de sourds entre deux conceptions du monde du livre (que l'on retrouve en économie) : marché de l'offre ou marché de la demande ?

Vous savez, pour ceux qui me lisent depuis un petit moment maintenant, que je suis un fervent défenseur du "et", et donc qu'elle n'a pas été ma surprise de constater que nous en étions encore là... Bref.

Et si le marché du livre était une banane, disons pointes vers le haut (soyons optimistes), de quel côté le/la manger ?



François Hollande et Fleur Pelerin devant l'Espresso Book Machine du programme Ireneo, stand du salon du livre de Paris 2015




Classique, les personnalités représentants la demande sont celles qui impriment (à la demande)  : BOD, Ireneo et Orséry, les autres qui représentent l'offre sont celles qui éditent et vendent : le libraire et l'éditeur présent, ici Gallimard.

Mais ne mélangeons-nous pas ici l'offre de contenu et la demande de "produit", de matérialisation et d'achat du contenu ?

On sait que l'évolution de la consommation (collaborative) évolue sans cesse un peu plus vers la demande : vélos, voitures, outillages... une manière de consommer une utilisation, plutôt qu'un bien.
C'est aussi, dans le domaine de la culture, ce que l'on nomme communément le streaming : musique, vidéo... le livre ?
Ici, nous sommes dans un entre-deux, la possibilité de rematérialiser les contenus numériques en quelques minutes et à l'unité, soit directement sur le point de vente (Ireneo et Orséry), soit chez l'imprimeur (BoD).


 Stand Orséry, salon du livre de Paris 2015








Côté éditeurs, on publie en "x" exemplaires pour diffusion et distribution en librairie, générant potentiellement des retours.
J'ai déjà écrit sur ce sujet dans un précédent billet, dans lequel j'abordais la notion d'économie circulaire, non dans une chaine de valeur du livre, mais une constellation de valeur du li(v)re : ici.
Evidemment, partisan du "et", je suis plutôt très favorable à l'intégration de tels outils en librairie, à l'inverse du libraire présent qui, selon ses termes, n'est pas un opérateur de saisie.
D'ailleurs, je reste convaincu que les 3 canaux pourraient tout à fait se compléter : le canal du LAD (Livre à la demande) in situ en librairie, le canal du POD (Impression à la demande) mais régionalisé, et le canal de l'impression classique pour certains offices et les "best" en quantité, peut-être aussi régionalisé.
Mais imaginer matérialiser un contenu en moins de 5mn devant le client rend service à l'éditeur pour la vente de ses titres, notamment épuisés, et permet au libraire de proposer une offre très étendue, sans stock, donc sans livraison, rangement, retour...
Et si ces machines étaient capables d'imprimer bien d'autres choses...

Bref, la technologie avance et semble présentait un panel d'outils qui devrait rendre service au libraire, donc à l'éditeur et à l'auteur...

Que du bonheur ?

 A suivre...


Manuel Vals devant l'Espresso Book Machine du programme Ireneo, stand du salon du livre 2015


Comme quoi, nos politiques sont intéressés...

samedi 17 janvier 2015

Eloge du Lieu

C'est une véritable obsession depuis que je suis entré en librairie, l'obsession du Lieu.
Je ne pensais pas il y a maintenant une vingtaine d'années, que cela prendrait autant d'importance, car à l'époque les effets d'internet et des médias sociaux, même si on les préssentait, n'étaient pas encore réalité...

Cette obsession vient peut-être du fait que j'ai commencé à travailler dans le Nord plus précisément dans le bassin minier (aujourd'hui élu au patrimoine mondial de l'UNESCO), là où "le" culturel (officiel) avait du mal à prendre pied... (Cf. l'installation du Louvre à Lens).

Or, cette région Nord et Pas de Calais est "la" région du (des) Lieu(x), certainement liée à son passé industriel. Donc peut-être ai-je été dès le départ saisi par cette nécessité de se retrouver dans les Lieux tiers, entre le chez soi et le travail, on les appelait les Estaminets, ancestralement café multi-services.

Bref, le Lieu a toujours eu son importance social, et on a peut-être (trop) vite cru qu'il disparaitrait sur l'autel des réseaux sociaux sur lesquels bon nombre cherche à crever les plafonds d'amis.

Quid de l'incarnation, de ce besoin viscéral que nous avons de nous rencontrer dans des Lieux ?

Mon obsession a grandi (pour ne pas dire vieilli;) avec moi et prend une toute autre ampleur aujourd'hui.
le Lieu ne deviendrait-il pas une nécessité (urgente) ?
Mais quel Lieu ?

Il y a donc bien longtemps que je me pose la question du Lieu librairie, qui n'est autre qu'un lieu de commerce de livres. Uniquement ?
J'ai rarement rencontré, à l'inverse de ce que disent les libraires, de véritables Lieux de vie du livre.
L'évolution de l'économie, de la production de masse et de la consommation qui va avec depuis ces dernières décennies, ont façonné les commerces (avant, de proximité) en lieu de distribution de produits à mettre dans les rayons et en libre service pour le client.
D'ailleurs, on a vu naitre la "grande distribution".
Mais même les commerces de centre ville sont devenus des magasins de moyenne et petite distribution, accompagné d'un accueil de moins en moins agréable. Moins "familial" ?
La relation, l'expérience client ont été sacrifiées sur l'autel de la distribution.
Or, le commerce, ce n'est pas de la distribution, quelque soit sa taille.
Le commerce, le vrai, est un lieu de relation, d'échange social dans lequel on en profite pour acheter ce dont on a besoin ou ce qui (nous) fait plaisir.

La librairie a subi et présente aujourd'hui ces mêmes travers.
Ce sont pour la grande majorité des lieux de vente de livres. Je ne reviendrais pas sur l'élitisme parfois (encore) présent, l'accueil aléatoire... Je vous renvoie au rapport de l'Obsoco.

Je reviens au Lieu, et peut-être devrions-nous nous entendre sur la notion de Lieu.
C'est ce que tente deux livres que je viens de découvrir, un que je suis en train de lire, un autre dont qui est sorti cette semaine.

Le premier s'intitule :"The great good place" de Ray Oldenburg dont j'ai déjà parlé dans un billet précédant.
Ray Oldenburg est professeur de sociologie en Floride, et évoque dans ce livre la notion de "great good place" ou de " third place"...


Ce qui me permet de faire la transition vers le livre d'Antoine Burret, "Tiers-Lieux, et plus si affinités" qui sorti chez l'excellent éditeur Fyp en ce mois de janvier 2015.
Vous pouvez d'ores et déjà vous familiariser avec cet esprit, en consultant le wiki MoviLab.
De la nécessité de Lieux qui intègrent en plein les évolutions de notre société, en intégrant également le numérique dans toute sa complexité, mais en en faisant aussi un outil universel de partage et d'ouverture.
Le tiers-lieu intégrant également l'esprit d'Open source.

Voici un résumé et un historique en images par Yoann Duriaux : 


Enfin, c'est en lisant un article sur Simone Weil que Michel Dussault, enseignant-géographe à l'ENS de Lyon, apporte un élément supplémentaire, cher à Simone : la notion d'ancrage, d'enracinement. 

Je cite Michel Dussault (Philosophie Magazine) :
"Pour moi la géographie ne se réduit pas à la topographie, à l'étude de la localisation des faits sur une étendue. Je la définis beaucoup plus comme une anthropologie de l'habitation humaine.
Le problématique centrale de la géographie qui m'intéresse est celle des relations que les individus nouent avec leurs espaces de vie. Nous nous installons dans des lieux dont nous héritons, et qu'en même temps nous construisons, nous modifions - nous sommes donc à la fois des "receveurs" et des bâtisseurs. Mais toujours, l'homme a un besoin fondamental de s'ancrer dans un espace, de déployer son existence à partir d'un lieu, d'un habitat d'origine. L'intuition géniale de Simone Weil est de dire  que l'enracinement dans un territoire est une condition de tenue de l'être humain - s'il n'a pas cet ancrage dans un espace qui n'est pas seulement fonctionnel, mais également culturel et spirituel, au sein duquel il se constitue en tant qu'être parlant et agissant, il n'a plus d'étai et s'effondre."
(...)
Faisant référence au livre "L'accélération" d'Hartmut Rosa :
"Or, par la circulation ultrarapide des êtres et des choses qu'elle promeut, la mondialisation peut faire de nous des déracinés. Une forme de l'aliénation actuelle consiste à ne plus avoir d'ancrages, de haltes où se poser. Dès lors, un travail de ré-enracinement devient une exigence impérieuse  pour les individus nomadisés. Ce travail passe par la réappropriation  de lieux où inscrire son histoire (...), de produire du récit sur des espaces où l'on s'insère et se reconnait.
(...)
Quand il se sent aliéné, opprimé, étranger à lui-même, l'individu invente des espaces où se ré-ancrer : un village, une contrée, une place, (la librairie ?) mais cela peut-être son propre corps..."

Tous mes voeux pour cette nouvelle année 2015.

Le Lieu, le livre et la lecture vous tiennent en joie.

samedi 20 décembre 2014

Culture du livre vs Culture numérique (Vidéo)





Cela fait plusieurs semaine, à intervalle régulier que je lis et relis ce petit livre très intéressant de Serge Tisseron : "3-6-9-12, apprivoiser les écrans et grandir".





Vous pouvez même télécharger et imprimer (ou la commander) ces 2 affiches pour les installer dans les écoles, les salles d'attente, les crèches...

Je ne vais pas revenir sur l'ensemble du livre, son postulat et vous laisserai le loisir de le découvrir personnellement.



Ce qui donne objet à ce billet est le chapitre 6 : "La quadruple révolution des technologies numériques" (page 89).
  • "Une révolution dans la relation aux savoirs
  • Une révolution dans la relation aux apprentissages
  • Une révolution psychologique
  • Une révoltuion des liens et de la sociabilité"
Pour finir sur "L'indispensable complémentarité"

Ce chapitre décrit très bien ce qui est en train de se passer et le choc apparent entre notre culture avant le web, notamment 2.0 et aujourd'hui.

Extrait : 
  • "L'écriture a perdu sa suprématie comme vecteur principal de la pensée et de la communication, car un autre vecteur s'est imposé, celui des écrans. Du coup, la culture du livre n'est en rien minimisée, elle est seulement relativisée." (...) 
  • "Mais l'invention du numérique a poussé en avant d'autres repères, de telle façon qu'il est possible aujourd'hui d'opposer deux manières de penser : l'une organisée selon la chaîne linéaire propre au texte parlé ou écrit; l'autre qui utilise toutes les possibilités de la construction spatiale et de l'interactivité."
  • "Quand nous parlons de culture du livre et de culture des écrans, il s'agit donc de modèle (ou si l'on préfère de paradigme) et non de support. D'ailleurs, avant l'invention du livre, la culture orale faisait cohabiter à part égale pensée linéaire et pensée spatialisée."
  • "Pourtant, nous allons voir que la culture du livre et celle des écrans s'opposent pratiquement sur tous les points. La rupture entre les deux concerne à la fois la relation aux savoirs et aux apprentissages, le fonctionnement psychique et la créations de liens."
  • "Comme son nom l'indique, la culture du livre est une culture du singulier, autrement dit de l'un. Au contraire, la culture des écrans est une culture du multiple."
  • "Un lecteur est seul devant un seul livre écrit par un seul auteur. Du coup, cette culture est dominée par une conception verticale du savoir"
  • "Au contraire la culture des écrans est placée sous le signe du multiple : plusieurs personnes sont réunies devant plusieurs écrans (...) dont les contenus ont été créés par des équipes. (...) Cette culture est placée sous le signe d'une relation horizontale au savoir : son modèle est l'encyclopédie Wikipédia. C'est une culture du multiple, du métissage et du multiculturalisme."
  • "Le culture du livre est organisée par la succesion des mots, des lignes, des paragraphes et des pages. Elle induit un modèle linéaire, organisé autour de relations de temporalité et de causalité." (je parle moi-même souvent d'espace/temps)
  • "Au contraire, la culture des écrans favorise la pensée non linéaire, en réseau ou circulaire"
  • "La culture du livre valorise l'identité unique censée être la propriété privée d'un individu."
  • "Au contraire, avec les écrans, l'identité se démultiplie. Le Moi n'est plus la propriété privée d'un individu mais une fiction tributaire des interactions des personnes dans un groupe, et donc à chaque fois différente."
  • "Dans la culture du livre, le mécanisme de défense privilégié est le refoulement (!), c'est à dire un processus inscrit dans la durée."
  • "Dans la culture du livre, les liens privilégiés sont essentiellement de proximité physique."
  • "Dans la culture numérique (...), la sociabilité sur internet consiste à partager un centre d'intérêt commun... (...)."
  • "Dans la culture du livre, l'autorité est assurée par la reconnaissance que donnent les diplômes, eux-mêmes délivrés par un pouvoir reconnu."
  • "Au contraire, dans la culture numérique, l'autorité est fondée sur le reconnaissance des pairs."
  • "Il en résulte un changement majeur dans le mode de régulation des groupes. Dans la culture du livre, elle repose sur la culpabilité et la punition (!!...)."
  • "Au contraire, dans la culture du numérique, la régulation repose sur tous les participants. Son instrument est la honte qui détruit la e-réputation."
  • "Nous voyons que la culture des écrans n'est pas une "sous-culture", mais une culture différente avec ses avantages propres. La culture du livre valorise l'incitation à la construction narrative (...). Tandis que pour les écrans, ce sont la spatialisation des données et leur visualisation qui en constitue le point fort, ainsi que le fait qu'ils stimulent l'interactivité et l'innovation."
  • "Chacune fait appel à un mode de fonctionnement cérébral et psychique distinct, de telle façon que l'être humain va plus vite en utilisant les deux (...)."
La complémentarité pour tempérer :
  • "Dans la culture numérique : dispersion de l'attention et pensée zapping, réussir sans comprendre, manque de recul cognitif et temporel, relations virtuelles, fuite de la réalité."
  • "Dans la culture du livre : ultraspécialisation (!!!...), donc difficulté d'adaptation, réduction aux apprentissages par coeur, inhibition de la créativité, augmentation de l'obéissance, développement de personnalités rigides et peu évolutives (!!!!...), relation de proximité physique, empathie réduite aux proches (...)."
Et si la montée en puissance de la culture numérique était prise en compte...
Et si la complémentarité se développait au sein même d'un nouvel écosystème du li(v)re équilibré entre partenaires...

Un livre à glisser sous le sapin ! :)

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !

samedi 29 novembre 2014

La librairie peut-elle être open source ?


C'est en parcourant une présentation de Benjamin Tincq intitulée "Business Models for Open Source Hardware" que je poursuis mes reflexions sur la librairie de demain et l'évolution de son modèle d'affaire.

Donc, à la question, la librairie peut-elle être open source, je répondrais oui.
(Définition de l'open source, ici)

Cette reflexion d'ailleurs prolonge ce billet "Pour une économie du li(v)re circulaire et moléculaire" que j'avais écrit en septembre dernier.

Prenons l'exemple d'OpenDesk (dont est tirée cette image), un marketplace de design open source pour le bureau.
Sur OpenDesk donc, vous pouvez télécharger le fichier et fabriquer vous-même le produit ou le fabriquer prêt de chez vous dans un FabLab.
Le paiement se partage entre le designer, le Fablab et la place de marché (marketplace).

Peut-on donc imaginer un tel modèle d'affaire pour l'achat de lecture ?

Ce qui revient à imaginer et créer une autre chaine de valeurs... Or, vous savez que je n'aime pas bien ce terme de "chaine" pour avoir plusieurs fois utilisé le mot "constellation" de valeurs, ce qui a pour avantage de ne placer personne au-dessus ou en-dessous des uns des autres.
L'idée est celle de l'harmonie et des équilibres économiques de chacun.

Donc, pour reprendre le modèle OpenDesk, nous avons un créateur : designer ou auteur, un marketplace : Site web d'OpenDesk ou libraire/éditeur, un atelier de fabrication ouvert à tous et local : le fabliv ou imprimeur...

Cela pose donc la question de la position que doit donc prendre (au moins explorer) le libraire entre édition traditionnelle et auto-publication...
D'ailleurs, on peut aussi se poser la question de la vente directe de l'auteur, l'éditeur et le libraire. Cf. ici un billet de reflexion suite à l'accord Hachette/Amazon : 
"Is that a business that will always demand that publishers pay 30 percent of their net to an Apple or an Amazon? Or can you imagine it as a service that publisher’s buy for a flat 50 cents a book as they publicize their books on Facebook and sell them directly? Doesn’t take much of a mental workout to imagine that."

Et de relire ce plagiat public : "Bouleversements stratégiques dans la distribution du livre".
Venons-en donc à ce que je nommais pour ma part "Hyper Lieu", qui vraisemblablement a un antécédent (Patrick Bazin) dans l'esprit de Ray Oldenburg, qui a écrit en 1980 (!) le livre suivant, non traduit à ma connaissance (quel dommage) : "The Great Good Place: Cafes, Coffee Shops, Bookstores, Bars, Hair Salons, and Other Hangouts at the Heart of a Community".
Vous aurez remarqué que dans le titre, nous retrouvons aussi "Bookstores" et que dans son esprit, ce lieu du livre et de la lecture est bien un tiers-lieu...
"Il s'agit d'un endroit que les usagers utilisent quotidiennement, et dans lequel ils font partie de l'environnement, d'autant plus qu'ils le fréquentent. On parle d'ancrage physique ou de sentiment d'appartenance. On peut rapprocher ce lieu des cafés où la discussion entre habitués fait partie des activités importantes."  Wikipedia

Est-ce une définition si éloignée (ou telle que devrait l'être) la librairie  ?

Quid du tiers-lieu aujourd'hui ?

Voici ici, une actualisation qui interroge à la mesure de la librairie...

Le tiers-lieux est :
  • collectif
  • un lieu
  • un espace de travail
  • une organisation 
  • un langage
  • numérique
  • une gouvernance
  • des services
  • des financements (un nouveau modèle d'affaire)
  • un lieu de prospective (de recherche)
Inspiré ?

Le livre et la lecture vous tiennent en joie !